Une salle d’Elne débaptisée, et d’autres cinémas reprennent son ancien nom
Le cinéma de cette commune des Pyrénées-Orientales devient la « Bobine illibérienne », et des salles de toute la France répondent en adoptant son ancien nom.
En bref
- Steve Fortel, maire classé d’extrême droite, a retiré le nom de René Vautier du cinéma d’Elne.
- La salle doit désormais s’appeler la « Bobine illibérienne », d’après le gentilé des habitants.
- René Vautier a signé « Avoir vingt ans dans les Aurès », film consacré à la guerre d’Algérie.
- Par solidarité, de nombreuses salles françaises ont pris le nom du cinéaste.
La salle de cinéma d’Elne a perdu son nom pour une raison politique : selon la chronique de Laurent Delmas diffusée le samedi 10 octobre 2026 sur France Inter, la décision tient aux prises de position de René Vautier pendant la guerre d’Algérie. Le geste montre qu’une enseigne de cinéma, habituellement anodine, peut devenir un terrain de lutte symbolique, et que d’autres salles peuvent y répondre en reprenant le même nom.
Des enseignes qui portent une mémoire
Pour situer l’affaire, le chroniqueur part d’une fiction. Dans « Vivement dimanche », dernier rendez-vous de François Truffaut avec Fanny Ardant et Jean-Louis Trintignant, la salle où se noue une partie de l’intrigue s’appelle « L’Eden ». Un nom parmi d’autres, dans un pays qui, d’après la chronique, aligne des centaines de cinémas et serait le mieux équipé au monde sur ce plan.
Laurent Delmas convoque aussi ses propres repères : « Le Régina », à Bourg-la-Reine, pour l’enfance, et « Le Capitole », à Uzès, qu’il fréquente encore. Ces appellations, souvent héritées du latin, ont longtemps eu pour qualité de ne fâcher personne. C’est précisément ce consensus que l’épisode d’Elne vient fissurer.
Ce qui s’est passé à Elne
Elne compte moins de 10 000 habitants et se trouve dans les Pyrénées-Orientales. Son nouveau maire, Steve Fortel, classé à l’extrême droite, y a retiré le nom que portait jusqu’ici le cinéma municipal : « René Vautier ». La salle doit désormais répondre à l’appellation « Bobine illibérienne », formée sur le nom que portent les habitants de la commune. Le chroniqueur relève au passage l’ironie du mot « bobine », la pellicule ayant disparu des cabines depuis le siècle précédent.
Le calendrier compte dans la lecture qu’en fait Laurent Delmas : il place cette décision à quelques mois de l’élection présidentielle. Les faits, eux, ne sont rapportés ici que par cette chronique radiophonique.
Pourquoi le nom de René Vautier dérangeait
Le motif avancé par la chronique est direct. À l’époque du conflit, René Vautier avait affiché son soutien au FLN et à ceux qui défendaient l’indépendance algérienne. C’est cet engagement, et non son œuvre de cinéaste en tant que telle, que le changement de nom vise selon Laurent Delmas.
Le chroniqueur s’interroge sur la tentation de la municipalité de réécrire l’Histoire et sur un éventuel droit de regard futur du maire sur la programmation. Ce sont là ses questions d’éditorialiste, pas des faits constatés.
La riposte des autres salles
La réponse est venue d’ailleurs. De nombreux cinémas en France ont décidé, le temps de cette riposte et par solidarité, d’adopter à leur tour le nom de René Vautier. Le procédé retourne le geste d’Elne : là où une commune efface un nom, d’autres l’affichent sur leur fronton, ce qui démultiplie la visibilité de celui qu’on voulait retirer. Laurent Delmas, qui s’en félicite, termine sa chronique en saluant le cinéma René Vautier, à Elne comme ailleurs, et en comparant l’enjeu aux places baptisées « Général de Gaulle » après la Libération, dont personne, écrit-il, ne souhaiterait qu’elles reprennent le nom de « Maréchal Pétain ».
Photo : Alen Joe Chacko / Pexels