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IA générative : rendre visible la part humaine d’une création

Les débats sur l’IA générative replacent la transparence et les choix créatifs humains au centre de la discussion sur les œuvres produites avec ces outils.

IA générative : rendre visible la part humaine d’une création
Artist in denim jacket and beanie holding a folder, reviewing sketches on a cork board in a studio. Cette photographie accompagne l’article « IA générative : rendre visible la part humaine d’une création ».

Utiliser une IA générative ne tranche pas, à lui seul, la question de l’auteur. Les discussions actuelles portent autant sur les œuvres employées pour entraîner les modèles que sur la place des décisions humaines dans le résultat final. Dans ce contexte, documenter un processus de création permet surtout de distinguer ce que l’outil produit, ce que la personne choisit et ce qui demeure incertain.

En bref

  • Les débats sur l’IA concernent à la fois les œuvres utilisées pour l’entraînement et le statut des contenus produits.
  • Un rapport du CSPLA distingue les productions purement synthétiques des créations où des choix humains restent perceptibles.
  • Brouillons, versions et fichiers sources peuvent éclairer un processus, sans constituer seuls une preuve décisive.

Deux questions qui ne se confondent pas

La première concerne les contenus utilisés en amont par les systèmes. Au Canada, des organisations du secteur créatif ont alerté un comité parlementaire sur l’usage possible d’œuvres pour l’entraînement des grands modèles de langage. Parmi les pistes évoquées figurent des licences qui permettraient aux titulaires de droits d’accepter ou de refuser cet usage et d’être rémunérés s’ils y consentent. Elles demandent aussi davantage de transparence afin de savoir quelles œuvres sont concernées.

Cette demande rejoint les positions rapportées en Europe par le SNJ-CGT sur la régulation culturelle. Le syndicat indique que le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante appelant à clarifier et compléter le cadre juridique, notamment sur la transparence, la rémunération et la possibilité pour les ayants droit de s’opposer à l’utilisation de contenus protégés pour l’entraînement. Le débat porte donc sur les conditions d’accès aux œuvres, pas seulement sur la forme du contenu obtenu à la sortie.

La seconde question est celle de la protection du résultat. Selon un rapport du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, présenté par ActuaLitté dans son analyse du rapport, une production purement synthétique ne relève pas du droit d’auteur faute d’auteur humain. Une création hybride peut en revanche être protégée lorsque des choix libres et personnels restent perceptibles dans le résultat. Le rapport n’est ni une loi ni une décision de justice, mais il propose une grille de lecture pour les futurs contrats et contentieux.

Documents of Elektrostal‎. 1987 year
Les sources, versions et fichiers de travail peuvent éclairer la part humaine d’un projet. Source: Wikimedia Commons. Attribution: I, the copyright holder of this work, hereby publish it under the following license:. Licence: Public domain.

Le processus compte autant que le résultat

Le nombre de prompts, leur longueur ou le temps passé devant un outil ne suffisent pas automatiquement à établir une démarche créative. Le rapport cité par ActuaLitté insiste sur la présence de choix humains visibles dans l’œuvre finale. La conception du projet, le choix d’un corpus ou de références, les orientations successives, les corrections, le montage, le réagencement et la retouche peuvent compter. Ces étapes ne doivent pas nécessairement toutes être réunies.

Le point décisif est le lien entre ces décisions et le contenu publié. Une instruction générale qui laisse au modèle les choix de forme, de ton ou de composition ne produit pas la même situation qu’une direction artistique dont les effets sont reconnaissables dans le résultat. Le rapport évoque aussi un cas limite utile : se demander si n’importe qui aurait pu remplacer l’utilisateur avec des instructions comparables. Lorsque les choix personnels de conception, de sélection ou d’assemblage marquent le contenu, l’apport humain devient plus facile à décrire.

Cette distinction ne transforme pas chaque création assistée en dossier juridique. Elle donne toutefois une raison claire de conserver les éléments qui éclairent un travail. Brouillons, fichiers sources, versions intermédiaires, prompts, métadonnées et historiques peuvent constituer des indices. Pris isolément, ils ne suffisent pas nécessairement. Réunis avec le résultat final, ils rendent le chemin de fabrication moins abstrait.

Décrire sans surpromettre

Une présentation honnête peut séparer trois niveaux. D’abord, les outils employés et leur rôle dans la fabrication. Ensuite, les décisions humaines qui ont orienté ou transformé la matière générée. Enfin, les limites de ce qui peut être établi, notamment lorsque l’on ne connaît pas les données d’entraînement d’un modèle.

A creative workspace featuring photography equipment and a laptop for digital editing and photo management.
La retouche et l’assemblage font partie des étapes examinées pour apprécier un apport créatif humain. Source: Pexels. Attribution: Leeloo The First. Licence: Pexels License.

Cette dernière réserve est importante. Le rapport du CSPLA, tel qu’il est relaté, distingue la question de la protection d’un résultat de celle de la légalité de l’entraînement et de la rémunération des œuvres utilisées. Une production synthétique non protégée peut par ailleurs porter atteinte aux droits d’un auteur si elle reprend de manière reconnaissable des éléments originaux d’une œuvre existante. Une simple ressemblance ne suffit pas, mais la preuve d’un lien de dérivation peut être difficile lorsque les données d’entraînement ne sont pas accessibles.

Pour les lecteurs de notre rubrique culture numérique, l’enjeu est donc moins d’afficher une formule générale que de restituer une situation précise. Dire qu’une création a mobilisé un système génératif ne renseigne ni sur les sources en amont ni sur les choix effectués en aval. Décrire ces choix ne garantit pas un droit. Cela évite en revanche de réduire une création à un clic ou, à l’inverse, de présenter comme humaine une décision laissée à la machine.

La transparence comme repère éditorial

Les consultations relayées par Radio-Canada font apparaître deux attentes liées : que les titulaires de droits puissent comprendre l’usage de leurs œuvres, et que le public sache si un contenu a été créé entièrement ou partiellement avec l’IA. Les organisations entendues n’avancent pas toutes la même réponse, mais elles placent la visibilité des processus au cœur de leurs demandes.

Le débat reste ouvert et les tribunaux devront appliquer les principes au cas par cas. Dans l’immédiat, la description exacte des outils, des choix et des pièces conservées a une valeur éditoriale propre. Elle replace la responsabilité là où elle se trouve : auprès de la personne ou de l’équipe qui décide de publier le résultat.

Photo à la une. Source: Pexels. Attribution: RDNE Stock project. Licence: Pexels License.