Écrans

Court métrage : la première équipe mérite aussi le premier plan

Deux tournages, à Saint Prest et dans les Hauts de France, racontent la même réalité : un court métrage se fabrique par l'énergie d'une équipe entière.

Court métrage : la première équipe mérite aussi le premier plan
The Short North, Columbus, Ohio. Cette photographie accompagne l’article « Court métrage : la première équipe mérite aussi le premier plan ».

Le nom du réalisateur ou le visage à l’écran retiennent souvent l’attention. Pourtant, un court métrage naît d’une succession de tâches rarement visibles : écrire, organiser, éclairer, cadrer, nourrir l’équipe, monter et trouver les moyens de terminer le projet. Deux expériences relatées en 2026, l’une associative près de Chartres, l’autre portée par des étudiants entre Orchies et Boulogne sur Mer, donnent un aperçu concret de cette fabrication collective.

En bref

  • Six adhérentes de CinéPrest ont participé sur deux ans à la création de Les commères.
  • Rouge coquelicot a mobilisé jusqu’à douze personnes pendant quatre jours de tournage.
  • Le financement et l’accès au matériel conditionnent concrètement la réalisation d’un premier court métrage.

À Saint Prest, apprendre en faisant

L’association CinéPrest, installée près de Chartres, organise des projections mais accompagne aussi la création de courts métrages. D’après Radio Intensité, six adhérentes ont participé pendant deux ans à l’écriture et au tournage de Les commères, réalisé à Saint Prest, Maintenon et Gasville Oisème. Cette production d’une douzaine de minutes a été projetée fin mars au cinéma Les Enfants du Paradis, à Chartres.

Cette projection a été rendue possible par un appel à participation de Ciné Clap destiné aux cinéastes amateurs euréliens. Avant la salle et le public, il y a donc un travail partagé dans la durée. Les stages proposés par l’association couvrent l’écriture du scénario, la captation de séquences, le jeu et, parfois, le montage. Ils permettent aux participants de circuler entre plusieurs étapes plutôt que de ne voir que le résultat final.

CinéPrest prépare également un court métrage consacré au Mammouth de Saint Prest. Le projet doit être ouvert aux personnes intéressées par le cinéma dans l’agglomération chartraine. Radio Intensité indique que le réalisateur Benoît Labourdette mènerait le tournage et que l’association a lancé un appel aux dons, faute de subvention à ce stade. Ce point rappelle que les ambitions artistiques dépendent aussi des moyens réunis par l’équipe.

Film crew setting up lighting equipment on a truck at night for movie production.
Chef opérateur, électricité et régie participent aux conditions concrètes d’une prise. Source: Pexels. Attribution: AMORIE SAM. Licence: Pexels License.

Un plateau étudiant sous contrainte

Dans les Hauts de France, France 3 Régions suit le premier court métrage de fiction d’Augustin Hays, étudiant en première année de Bachelor réalisateur monteur à Studio M Lille. Rouge coquelicot, annoncé comme un film de dix minutes, raconte le trajet de trois jeunes de 18 ans vers la mer après le vol de la voiture du père de l’un d’eux.

Le tournage s’est déroulé pendant quatre jours entre Orchies et Boulogne sur Mer. Il a mobilisé jusqu’à douze personnes, avec un noyau d’environ six membres, des comédiens et des renforts. Le reportage cite Vincent Cailler comme chef opérateur, Ophélia Dufour comme assistante réalisatrice, Manon Courtial à l’électricité et Yanis Salhi à la régie. Angèle Hebben a été scripte pendant le tournage et devait prendre en charge le montage.

Cette liste de fonctions fait apparaître ce que le film fini peut dissimuler. L’image, l’organisation du plateau, l’électricité, la régie et la continuité répondent à des besoins différents. Leur articulation permet au tournage d’avancer, même lorsque les journées sont longues ou que les conditions changent. Raconter ces métiers ne retire rien à la vision du réalisateur. Cela donne une image plus juste de ce qui permet à cette vision de prendre forme.

Les imprévus révèlent le collectif

Le plateau de Rouge coquelicot n’a pas été épargné par les incidents. Augustin Hays évoque une batterie qui a explosé, une optique cassée et un câble ayant pris feu après un court circuit. L’équipe a dû improviser des réparations rapides. Le reportage présente ces aléas comme une part de l’apprentissage : les contraintes conduisent à ajuster le scénario, l’organisation et les solutions techniques.

Young film crew in a vibrant indoor setting preparing for a shoot with a clapperboard, set against a city map backdrop.
Le montage prolonge le travail du plateau et donne sa forme finale au récit. Source: Pexels. Attribution: Ron Lach. Licence: Pexels License.

Il serait tentant de ne retenir de tels épisodes que le récit d’une aventure mouvementée. Ils montrent surtout l’importance de personnes capables de réagir ensemble et de garder le fil du projet. Les métiers présents sur le plateau ne sont pas des lignes secondaires au générique. Ils portent des décisions qui influencent directement le déroulement des prises, le matériel disponible et le rythme du travail.

Le film est autofinancé. Au moment du reportage, une cagnotte visait 1 500 euros et avait recueilli environ 1 000 euros. Les fonds devaient couvrir la location de matériel auprès de Pictanovo, la régie, la nourriture, l’essence et les déplacements. Les étudiants apportaient aussi de l’argent personnel pour finaliser le projet. Le budget apparaît ainsi comme une partie du récit de production, et non comme une donnée séparée de la création.

Faire place aux artisans du film

Les deux projets ont des cadres très différents, mais ils partagent une même évidence : un court métrage ne se construit pas autour d’une seule personne. À Saint Prest, des adhérentes apprennent à écrire, jouer, tourner et monter. Dans le Nord, une équipe étudiante répartit les fonctions pour tenir un calendrier serré et achever un premier film. Dans les deux cas, la projection ou le montage ne sont que les moments les plus visibles d’un travail plus vaste.

Pour raconter cette réalité, il suffit parfois de nommer les personnes et leurs rôles, de préciser les conditions du tournage et de suivre le projet après la dernière prise. Cette attention rejoint les sujets de création collective : elle replace la technique, la logistique et les solidarités au cœur du film. Le premier plan peut rester à l’interprète. Mais l’histoire du court métrage appartient aussi à celles et ceux qui l’ont rendu possible.

Photo à la une. Source: Wikimedia Commons. Attribution: neighborhoods.org. Licence: Public domain.